France : premières manifestations réussies contre Macron

 

Par Bruno Pedrico, Brussels/Belgique

Ce mardi 12 septembre, nous sommes massivement descendus dans la rue contre la réforme du code du travail français. Nous étions entre 24 000 et 60 000 personnes à Paris et à Marseille ; et au total, entre 223 000 et 500 000 dans plus de 150 villes françaises. La principale organisation syndicale du pays, la CGT, aux côtés d’autres initiateurs du mouvement (Solidaires, la FSU et l’UNEF), ont largement mobilisés et sont parvenus à rallier les sections les plus combatives des autres organisations qui, au niveau national, n’appelaient pas à la grève. Même la jeunesse, malgré que les facultés n’étaient pas encore ouvertes, était présente. C’est une réussite ! Un syndicaliste marseillais partage son émotion: « Ici, c’est l’enthousiasme qui domine. Bien des équipes militantes sont surprises de la mobilisation, du remplissage des cars, du taux de grévistes pour une grève pas trop préparée. »

 

Une semaine auparavant, Macron avait eu l’audace de déclarer : « Je serai d’une détermination absolue, je ne céderai rien ni aux fainéants, ni aux cyniques, ni aux extrêmes ». Face à tant de morgue, les lycées en grève, les groupes politiques et les sections syndicales relèvent la tête et retrouvent la joie de reconquérir la rue. Une déléguée syndicale raconte : « Avec tout ce qu’on nous prend comme droits, avec toute la dureté de la vie, avec toute la fatigue (vu qu’en plus on est fainéants), un seul de nos sourires et de notre bonne humeur, un jour de manifestation, vaut deux mille sourires politiques figés. Et là, j’ai vu des dizaines de milliers de sourires en lutte, et même en chantant l’Internationale, et même en criant des slogans méchants et syndicaux. La suite, on verra, mais être ensemble de bonne humeur, ça donne envie de revenir. On ne sait pas quand, mais ça viendra. »

 

Contre la casse du droit du travail

 

Les travailleurs s’opposent à la « Loi Travail 2 » de Macron, qui prolonge et approfondi la « Loi Travail 1 » du gouvernement social-démocrate précédent. Si elle est votée, cette nouvelle réforme aura un impact important sur la vie des travailleurs.

 

Sur toute une série de domaines, les employeurs pourront déroger aux règles légales et sectorielles par des accords moins favorables au niveau de l’entreprise, là où le chantage à l’emploi a le plus de chances de fonctionner, là où le rapport de force est le plus faible. Voyons quelques exemples. Via accord de branche, l’employeur pourra faire succéder des contrats à durée déterminée et des contrats d’interim pendant 5 ans, alors qu’avant la loi interdisait les CDD de plus de 18 mois sur un même poste et le renouvellement plus d’une fois d’un CDD. Via accord d’entreprise, l’employeur pourra imposer des baisses de rémunération et de prime (jusqu’au seuil minimal), diminuer le nombre de jours de congés, supprimer certaines mesures visant à réduire les facteurs de pénibilité ou favoriser l’insertion professionnelle des handicapés,… Pour valider de tels accords, Macron permet aux employeurs de procéder à des referendums d’entreprise, contre l’avis des syndicats majoritaires.

 

Le gouvernement facilite également les licenciements collectifs en créant un mode de rupture collectif dit « conventionnelle » (sans plans sociaux) et en permettant de procéder à des licenciements économiques sur la seule foi des comptes déficitaires de la filiale française (et non de l’ensemble du groupe).

 

De surcroît, les travailleurs licenciés seront découragés de recourir à la justice du travail, car les délais de recours seront raccourcis à un an (contre deux actuellement) et les indemnités pour licenciement sans motif sérieux seront fortement diminuées. A titre d’exemple, les indemnités pour licenciements nuls (en cas de harcèlement moral ou sexuel ou pour cause de discrimination) passent de 12 mois de salaires à 6 mois. C’est clairement une manière de  priver les travailleurs de moyens pour contester et défendre leurs droits.

 

Enfin, le comité d’entreprise et le comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CIPA au Brésil) seront obligatoirement fusionnés, ce qui entraînera une perte d’expertise, de temps libéré et de budget consacré à la santé et à la sécurité au travail, en particulier pour les femmes.

 

La France est loin d’avoir le monopole de la casse du droit du travail en Europe. En Belgique également, de nouvelles attaques sont à l’ordre du jour : le gouvernement vient de conclure un « accord estival » qui prévoit notamment l’abaissement des délais de préavis de licenciement au cours des 6 premiers mois après l’engagement, l’extension des contrats à l’appel (flexi-job) à tous les secteurs de la distribution, la suppression de l’interdiction du travail du dimanche pour les mineurs et la baisse des cotisations sociales pour plusieurs catégories de travailleurs,… Une délégation d’une quarantaine de syndicalistes belges avait fait le déplacement jusqu’à Paris pour marquer sa solidarité. Accueillis par Solidaires, nous avons eu un riche débat sur la nécessité de retourner devant les travailleurs, de provoquer des assemblées sur les lieux de travail, mais aussi de coordonner des actions internationales contre les velléités patronales.

 

Ce n’est qu’un début

 

Les manifestations du 12 septembre marquent la première démonstration de force du mouvement social. Mais ce n’est qu’un début.

 

Au-delà des seuls travailleurs salariés, les mesures annoncées par Macron affecteront bientôt l’ensemble des classes populaires: les jeunes et précaires perdraient 50-60 euros par mois d’aide publique au logement, les fonctionnaires connaîtraient bientôt un gel des salaires et la suppression de 120 000 postes, les travailleurs âgés verraient l’âge de la retraire reportée une nouvelle fois. Avec la suppression des contrats aidés, certaines écoles ont appris à 4 jours de la rentrée que certains postes seraient supprimés! Avec ces attaques, c’est l’ensemble des travailleurs qui pourraient prochainement se révolter et descendre dans la rue.

 

La CGT a d’ores et déjà appelé à la grève pour le 21 septembre. Durant la lutte contre la Loi Travail 1, les grèves étaient restées limitées à certains secteurs. Cette fois, l’enjeu sera d’organiser la mobilisation sur la durée, sur la base d’un plan d’action, et de la mener de manière unitaire entre toutes les organisations syndicales et politiques. Voilà les leçons des mouvements précédents et les conditions de la victoire.

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